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« Plus qu’une marche pour le climat », mais est-ce suffisant ?

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Ce samedi 13 octobre, 100 000 personnes ont participé à des « marches pour le climat » dans 80 mobilisations à travers la France. Moins qu’en septembre suite à la démission de Nicolas Hulot, malgré les conclusions inquiétantes du rapport du GIEC, sorti la semaine dernière.

 

Sous des températures record du mois d’octobre, des « simples citoyens », des familles, des personnes de tout âge, ont défilé dans une ambiance festive et bon enfant à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, ou Rennes. À Paris, la marche s’est déroulée entre les places de l’Opéra et de République. En tête de cortège, une banderole indiquait qu’« Il est encore temps », faisant référence à l’appel à l’action lancé par des youtubeurs célèbres.

Au cœur des mobilisations pour le climat, une tension se dresse entre la nécessité perçue de responsabiliser les citoyens afin qu’ils adoptent un mode de vie soutenable, et le fait que des gestes individuels ne suffiront pas pour éviter la catastrophe écologique. Le modèle de croissance infinie que prône le capitalisme est incompatible avec un environnement qui, lui, a une finitude : c’est ce que répètent inlassablement des intellectuels de la gauche écologique, comme la Canadienne de renom, Naomi Klein.

 

Changer les comportements individuels ou changer de système

 

Mais l’appel « Il est encore temps » oscille entre conseils de gestes écologiques à adopter (manger végétarien, moins prendre l’avion, limiter ses déchets) et dénonciation d’acteurs économiques précis. Sont pointés du doigt : le lobby patronal, Business Europe qui agit pour freiner les objectifs de l’Union européenne sur le climat ou la banque Société Générale qui investit majoritairement dans des énergies fossiles. Le projet de la Montagne d’or en Guyane est également ciblé. Cependant, lors de la manifestation de samedi, peu d’adversaires étaient réellement désignés. « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat » ou alors « les petits pas, les petits pas, ça suffit pas », pouvait-on entendre. « Cela ne me semble pas très pertinent », commente Elsa, une étudiante présente à la marche : « Cela met l’ambiance, mais à part ça… » Les responsables économiques ou politiques étaient également largement absents des pancartes.

Pour autant, les organisateurs de la marche semblent avoir conscience de la nécessité de créer un rapport de force avec les pouvoirs. Pour Élodie Nace, membre du groupe organisateur Alternatiba : « il faut entrer en désobéissance civile, et d’ailleurs c’est ce qu’on fait, notamment contre des acteurs comme les banques et les multinationales qui aggravent la situation. » Les prises de paroles sur la Place de la République en fin de marche se font derrière une banderole clamant : « Changeons le système, pas le climat ». Cyril Dion, réalisateur du documentaire Demain, est intransigeant : « aucun gouvernement ne renoncera à faire de nous des producteurs-consommateurs, il faut les forcer à le faire. » Même constat pour Ludovic dont la chaîne YouTube Osons Causer a participé à l’appel « Il est encore temps » : « ils ne changeront pas, donc c’est à nous, citoyens, de nous bouger, et mettre un rapport de force avec les décideurs et les politiciens ».

Serait-ce une opportunité pour créer une autre forme de mouvement social laissant place à la créativité des formes de lutte ? C’est ce qu’espèrent les organisateurs. En tout cas, les partis politiques (La France Insoumise, Génération.s.) étaient relégués en fin de cortège, pour laisser la place aux associations, ONG, et collectifs. Pour autant, les Français ne se sont pas mobilisés en masse, et ce malgré le rapport du GIEC et ses conclusions alarmistes, même si on ne peut enlever à la mobilisation de ce samedi une certaine énergie et optimisme. Rarement autant de manifestants s’étaient rassemblés pour le climat, avec une distribution aussi large sur le territoire, et ce pour la deuxième fois en deux mois. Il y avait dans l’air comme l’espoir que quelque chose de nouveau était en train de se créer, avec des solutions concrètes proposées, notamment à travers le « village des solutions » installé à la Place de la République.

S’agit-il des prémices d’un mouvement social de masse ? Les associations et les ONG auront-elles la capacité de structurer ces aspirations à agir pour le climat et à les transformer en revendications concrètes et immédiates ? Seul l’avenir nous dira ce que ce mouvement nous réserve.


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