Migrants : De Menton à Nantes, regain de mobilisation sur fond de restrictions d’accès à l’asile

Doublement du nombre de migrants enfermés dans les Centres de rétention administrative (CRA), assignation à résidence dans l’attente d’une expulsion, consignes données aux préfets pour expulser massivement les dublinés, recours rendus quasi impossibles : la liste des réductions de droits pour les candidats à l’asile n’en finit pas de s’allonger depuis quelques mois. Celle des luttes pour un accueil digne aux quatre coins du territoire aussi.

 

Pancartes, banderoles et slogans vont être de sortie le 18 décembre. Cette année, la journée internationale des migrants prend une tonalité nettement revendicative. Comme pour annoncer la couleur, une manifestation nationale à la frontière franco-italienne à Menton ouvre les hostilités dès samedi. Le lieu n’a pas été choisi par hasard. Amnesty International y a dénombré une dizaine de migrants morts dans le passage de cette frontière.

Initié par la Roya citoyenne, le collectif de solidarité avec les migrants des Alpes Maritimes et la coordination des sans-papiers de Paris, l’appel regroupe aujourd’hui 120 collectifs, associations, syndicats et organisations politiques. Des locaux, confrontés quotidiennement à la violence du traitement sécuritaire des migrants, comme des collectifs de plusieurs grandes villes françaises. Ensemble, ils dénoncent « l’inhumanité des politiques migratoires de l’État français et de l’Union européenne ». Dans leur viseur, « la multiplication des mesures d’enfermement et d’expulsion ». Mais aussi, le harcèlement policier que subissent les migrants dans cette région hautement symbolique, où s’expriment de nombreuses solidarités. Elles-aussi souvent en butte à la répression de l’État français. Hier encore, quatre retraités actifs au sein de l’association Roya citoyenne ont été condamnés en appel pour « délit d’aide à la circulation ».

Samedi, le défilé partant de la gare de Menton tentera de franchir symboliquement la frontière pour rejoindre la manifestation de soutien aux migrants venant d’Italie. Voilà pour la forme. Pour le fond, les manifestants réclameront la liberté de circulation et de résidence des migrants, l’abrogation des accords de Dublin, la régularisation des sans-papiers et l’abrogation du délit de solidarité. Pour appuyer leurs revendications, des bus sont annoncés au départ de Paris, Lyon, Grenoble, Montpellier ou encore Valence.

Deux jours plus tard, des rassemblements aux formes très diverses sont programmés aux quatre coins du pays. L’édition 2018 de la journée internationale des migrants se déroule dans un contexte particulier. Au mois de juin, 300 associations lançaient un appel au gouvernement pour un changement radical de politique migratoire. Appel suivi depuis par une rencontre nationale en novembre réunissant tous les acteurs du soutien aux migrants. Associations humanitaires, gérant parfois avec le gouvernement des centres d’hébergement, ou associations et collectifs de lutte très critiques sur ces pratiques, tous sont tombés d’accord pour lancer des États généraux des migrations pour le printemps. Un fait plutôt inédit. D’ici là, des doléances doivent émerger, notamment lors de la journée du 18 décembre.

 

Asile nulle part : Luttes partout !

 

Une unité qui doit tout au gouvernement. Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la politique de l’exécutif vis-à-vis des migrants a pris un tour nettement répressif. Les quelques déclarations humanistes du président de la République cachent mal la réalité d’une action tournée vers l’objectif d’accueillir le moins de migrants possible. À cette fin : tri, enfermement et l’expulsion sont le lot commun des pratiques étatiques. Au mois de novembre, le ministre de l’Intérieur demandant encore par circulaire à ses préfets de redoubler d’efforts. L’ensemble des mesures réduisant l’accès à l’asile, la protection ou l’hébergement ont fini par mettre d’accord la quasi-totalité du monde associatif.

Autre conséquence du rétrécissement des possibilités légales de faire prévaloir leur demande d’asile : les migrants s’organisent pour exprimer leurs revendications. Des collectifs de migrants, dublinés pour la plupart, se forment pour réclamer aux autorités l’examen ici de leur demande d’asile et la fin de leur expulsion vers l’Italie. Pays où nombre d’entre eux ne veulent pas vivre et où leurs demandes d’asile sont rarement examinées. À Marseille, Montpellier et Bourges, ce sont leurs revendications qui seront au centre de la journée du 18 décembre.

migrants

Outre ces collectifs de migrants rappelant les premiers collectifs de sans-papiers de l’époque de Saint-Bernard dans les années 90, les initiatives en leur faveur sont légion depuis la fin de l’été. Au mois de novembre à Nantes, une manifestation réclamant la mise à l’abri des mineurs étrangers isolés a abouti à la réquisition des locaux inoccupés de l’École des Beaux-Arts. Prenant au mot les engagements d’Emmanuel Macron du 27 juillet sur sa volonté de « ne plus voir personne dans les rues et les bois », les militants nantais ont ainsi souligné le double discours régnant au sommet de l’État. Les autorités ont procédé à leur expulsion dans les 24 h, malgré leur devoir de protection des mineurs.

Leur lutte continue pour autant. Les mineurs isolés ont été transférés vers l’université où des locaux sont occupés depuis, et une manifestation réunissant 1500 personnes a arpenté les rues de Nantes le 9 décembre. Même situation à Ouistreham dans le Calvados. L’ouverture d’un squat début décembre pour héberger des migrants a fait face à une intervention de la police pour les déloger. Un bras de fer s’est engagé entre la municipalité et les soutiens aux migrants. Dans la capitale des Gaules, c’est un amphithéâtre de l’université Lyon 2 qui a été occupé pour exiger une solution d’hébergement pérenne. Au mois d’octobre, l’université de Clermont-Ferrand avait inauguré le cycle des occupations. Une centaine de demandeurs d’asile et de sans-papiers sans hébergement dont une quarantaine d’enfants avaient planté leurs tentes dans l’enceinte de la fac de lettre.

Malgré toutes ces luttes et un front uni des associations, le gouvernement maintient son cap. Avant l’étude par l’Assemblée nationale du Plan migrant du gouvernement au premier trimestre 2018, les députés de la majorité ont apporté leur voix à une proposition venant des « constructifs », permettant de placer en rétention des demandeurs d’asile dublinés.

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