A Lyon, la grève se durcit chez General Electric

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Les sites de General Electric Grid Solutions de Villeurbanne et Saint-Priest, en banlieue lyonnaise, sont la cible d’un PSE massif qui menace plus de 350 emplois sur environ 600. Alors qu’une grève illimitée a démarré lundi, les trois syndicats à la manœuvre ont boycotté ce matin la première réunion de négociation avec leurs dirigeants, annonçant leur entrée dans une grève dure. 

 

 

Une bonne centaine de salariés de General Electric et leurs soutiens forment un cercle devant la gare de Lyon Perrache. Devant la gare… ou plutôt devant l’hôtel Mercure, accolé aux lignes ferroviaires, dans lequel Alexis Martinez, président de la partie française de la filiale Grid Solutions, a pris l’habitude de négocier avec ses syndicats.

« Pourquoi vous ne négociez pas sur notre site, à Villeurbanne, c’est pourtant chez vous ? Pourquoi on doit venir vous chercher en bas d’un hôtel ? » Pendant plus d’une heure, les harangues, tantôt désespérées, colériques ou combatives se succèdent. Au milieu du cercle, le patron se tient debout, accompagné de sa directrice des ressources humaines, le masque cachant une mine qu’il semble vouloir peinée. Parfois, il prend le micro. Et ne dit pas grand chose. Oui, les négociations ne font que commencer, il entend, il comprend les craintes, c’est important qu’elles s’expriment. Lui aussi, il a eu des grands-parents ouvriers. « Il va nous faire pleurer », tranche un salarié.

Après une heure de discussion, la CGT annonce qu’elle ne participera pas à la réunion : elle ne veut pas négocier seulement les indemnités de départ et autres mesures de reclassement mais conteste le bien-fondé même du PSE, projet alternatif à l’appui. Dans sa démarche de boycott de la réunion, elle est finalement suivie par la CFDT (syndicat majoritaire) et la CFE-CGC auxquels la DRH lance un ironique « vous êtes obligés de les suivre, maintenant ». La grève illimitée débutée la veille entre dans le dur.

 

Un plan social d’envergure européenne

 

Depuis lundi 23 novembre, ils sont environ 70 sur le piquet de grève de Villeurbanne, selon la CGT. Le site compte 459 salariés, « beaucoup de salariés sont en télétravail, on ne sait pas exactement combien de grévistes on est », explique Serge Paolozzi, délégué syndical central CGT. Un mode de lutte trop radical alors que les négociations débutent à peine ? « Ce plan social, ils nous le préparent depuis l’an dernier, et il n’a cessé de gonfler, rappelle le délégué syndical CGT, jusqu’à l’été 2020 nous étions déjà sous le coup d’un PSE qui touchait plus de 200 postes, maintenant c’est 350. »

 

 

Le plan mis à place à Villeurbanne s’inscrit en effet dans un cadre plus large : celui de la restructuration des activités économiques de la multinationale en Europe. Il prévoit ainsi d’y supprimer plus de 1 200 emplois dans sa filiale Grid (réseaux électriques) dont 639 en France. Avec près de 350 emplois menacés, la région lyonnaise est la plus touchée de l’Hexagone : 285 postes sont menacés à Villeurbanne, le reste à Saint-Priest.

Une hécatombe que General Electric justifie par des pertes de chiffre d’affaire : -11% en 2019 et une branche aéronautique désormais fortement touchée par le Covid-19. Les syndicats rappellent quant à eux les 200 millions d’euros de crédit CICE et CIR et les 117 milliards de dividendes distribués en dix ans.

 

Perte de compétence

 

Avec ses 36 filiales dans plus de 150 pays et ses 265 000 salarié.es, General Electric produit à la fois des équipements nécessaires à la distribution et à la production d’électricité mais aussi au traitement des eaux usées, des équipements médicaux, des appareils d’électroménager…l’entreprise est même cofondatrice de la chaîne de télévision américaine NBC.

Dans la métropole lyonnaise, les sites de General Electric Grid Solution produisent surtout des disjoncteurs. Et pas n’importe lesquels : « On fabrique des disjoncteurs de lignes à haute tension et des disjoncteurs de générateurs que nous sommes les seuls à savoir faire », commente Nadir Bennat, délégué syndical CGT de General Electric sur le site de Villeurbanne. Or le plan social qui touche Villeurbanne prévoit le transfert hors de France de leur production mais aussi de l’ingénierie. La CGT exprime clairement sa pensée : une fois que d’autres sauront faire ces disjoncteurs, nous perdront définitivement la compétence à Villeurbanne, mais aussi en France.

Les syndicats comptent bien s’appuyer sur cet argument pour être entendus par le gouvernement français. « Le secteur énergétique en France a besoin de rester en France, c’est une question de souveraineté. Le gouvernement français doit intervenir, les décideurs industriels font ce qu’ils veulent », conclut Serge Paozzoli. De fait, à l’heure où Bruno Le Maire se targue de relancer l’industrie en France, il garde pour l’heure le silence sur le dossier General Electric.


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