« Ce n’est pas du maintien de l’ordre, mais un règlement de compte »

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Le 25 octobre, des membres de l’Observatoire des pratiques policières (OPP) toulousain ainsi que la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France ont porté plainte pour violences et injures policières. Reportage.

 

« C’était ma première manif en tant qu’observateur, un policier a craché à mes pieds. Voilà ce que j’en fais de vos droits de l’homme, il m’a dit. » Ça n’avait pas suffi à lui faire quitter les manifs, à Pierre Bernat, et il était revenu, encore et encore. Jusqu’au 29 septembre, acte 46 des gilets jaunes où une charge policière lui vaut une côte fêlée, ou pas. « Les médecins m’ont dit que le problèmes avec les côtes, c’est que les radios ne permettent pas de voir grand chose, mais j’ai eu sacrément mal. »

Posté devant le Tribunal de Grande instance de Toulouse, ce vendredi 25 octobre, il fait partie des cinq observateurs violentés ce jour-là venus déposer plainte. A leurs côtés, la Ligue des Droits de L’Homme (LDH) et le Syndicats des Avocats de France (SAF) sont eux aussi plaignants. Claude Bernhardt portait son gilet jaune et bleu ainsi que son casque d’observateur ce jour-là. Il se souvient : « Ils ont fait des sommations et ont chargé directement, il faut savoir qu’on est toujours sur les côtés, sur les trottoirs pas dans les cortèges, pour ne pas gêner. Malgré ça on est attaqués. » La scène est filmée par un journaliste de RT France, lui aussi victime de coups de matraque.

 

 

« On accuse la police de violences en réunion avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique et injure publiques », résume Pascal Nakache, leur avocat. « Un des policiers a clairement dit : « Vous nous pétez les couilles la LDH, précise-t-il, ce qui s’est passé ce n’est pas du maintien de l’ordre mais un règlement de compte ». La procédure sera longue, il y a 8 mois un autre membre de l’Observatoire Toulousain avait été victime d’un jet de projectile en pleine tête, il s’estime visé par les forces de l’ordre et a porté plainte. « A l’heure actuelle, nous n’avons pas de nouvelles du tribunal concernant cette affaire », conclut Pascal Nakache.

 

Règlement de compte

 

A Toulouse, l’Observatoire des Pratiques Policières écume les manifestations gilets jaunes depuis près d’un an. Si son existence est bien antérieure à l’apparition du mouvement, son travail a changé depuis que les manifs ont lieu tous les samedis et qu’elle y sont dispersées dans le gaz. Constitué de membres du Syndicat des Avocats de France, de la Ligue des Droits de L’homme et de la Fondation Copernic, il avait rendu en avril 2018 un rapport relevant un grand nombre de dérives dans l’exercice du maintien de l’ordre.

 

 

« Depuis le rapport, l’attitude des forces de l’ordre à notre égard ne s’est pas arrangée, au contraire », euphémise Claude Bernhardt. Pierre Bernat et ses côtes meurtries trouvent quand même la force de nuancer : « Le rapport ? Pendant une manif j’ai parlé avec un membre de la Bac qui m’a dit qu’il l’avait lu et trouvé intéressant. Il y des policiers qui sont républicains. Mais ce que j’ai observé c’est surtout qu’il y a beaucoup de suivisme chez eux, quand il y en a un qui fait une bavure, les autres regardent, personne ne vient jamais l’arrêter. » On leur demande si, selon eux, la police les considère comme des ennemis, la réponse est unanime. « Oui ».

Mais les observateurs, eux, sont-ils contre les policiers ? « Absolument pas, nous militons pour que le droit soit respecté chez les policiers comme chez les manifestants, le rapport rendu par l’OPP toulousain le montre bien. Nous dénonçons toutes les violences. Aujourd’hui les dérives du maintien de l’ordre ne sont pas imputables aux seuls policiers, ce sont les responsables politiques qui dégradent sans cesse leurs conditions de travail et les poussent à bout qu’il faut mettre en cause », se défend Malik Salemkour, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, qui a fait le déplacement jusqu’à Toulouse pour le dépôt de plainte.

Il rencontrera d’ailleurs la ministre de la Justice Nicole Belloubet le lendemain, pour discuter, entre autres, des problèmes auxquels sont confrontés les observateurs. Car le cas Toulousain n’est pas isolé. A Montpellier, Camille Halut, membre de la LDH et observatrice, est elle aussi trainée devant les tribunaux pour « entrave à la circulation », après avoir eu de multiples démêlés avec les forces de l’ordre. En attendant que la providentielle rencontre avec la garde des Sceaux aboutisse à des mesures concrètes assurant la protection des observateurs en manifs, ils et elles continueront de les sillonner. Plus que jamais conscients des risques qu’ils encourent.


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