Les opposants à la réforme des retraites ne désarment pas

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À la veille des vacances scolaires de février dans la première zone, la mobilisation reste stable ce matin pour cette 9e journée de manifestations et de grève interprofessionnelle. Plus d’une centaine de milliers de manifestants ont défilé avant le départ du cortège parisien. Ce soir, les syndicats se retrouveront dans les locaux de la CGT pour décider des suites du mouvement.

 

La 63e journée de mobilisation contre la réforme des retraites a commencé tôt. Dès 6 h du matin, une soixantaine d’étudiants bloquent leur fac à l’université Paul Valéry de Montpellier. Une action décidée mardi par 300 étudiants réunis en assemblée générale. Quelques heures plus tard, la présidence de l’université confirme l’annulation des cours jusqu’à midi.

Dans la capitale, Paris 8 est aussi bloquée. D’autres tentatives gênées par une présence policière ont également eu lieu à Tolbiac et la Sorbonne. À Lyon, des cours sur le campus de Bron ont été annulés. À Bordeaux, c’est le rectorat qui est la cible des grévistes : son entrée est murée au petit matin. À Lille, des personnels de l’enseignement supérieur s’invitent dans les locaux du Medef pour réclamer le remboursement de 26 milliards de crédits d’impôt recherche et de CICE accordés aux entreprises pour l’année 2016.

 

Des défilés légèrement plus fournis

 

Les premières manifestations débutent à 10 h. Traditionnellement, Marseille ouvre le bal. Dans la cité phocéenne, 120 000 personnes ont défilé selon la CGT, contre 75 000 le 29 janvier. Plutôt 60 000 à 80 000 selon nos sources, mais bien plus que les 4 500 annoncés par la police. Les portuaires CGT ouvrent le cortège syndical, suivis des éboueurs de la ville de Marseille en grève depuis le 23 janvier. Puis viennent des énergéticiens, des salariés de France Telecom, des cheminots, des pompiers, le tout dans une ambiance nettement moins survoltée qu’au mois de décembre.

À Lyon, l’ambiance est tendue. La préfecture a pris un arrêté d’interdiction de manifestation pour une partie de la ville hier et aujourd’hui. Mercredi soir, une marche aux flambeaux a réuni dans le centre-ville 700 à 3000 personnes selon les sources. Ce matin, 8000 personnes ont rejoint la manufacture des tabacs, lieu du départ de la manifestation. Ils sont 1000 de plus que le 29 janvier. Parmi eux : les bataillons de la culture, de l’éducation et des transports, mais aussi des salariés de la chimie encore mobilisés. Comme dans plusieurs villes, un cortège composé d’étudiants et de gilets jaunes a devancé le carré de tête syndical.

Mais à Lyon, celui-ci a été attaqué par des policiers de la BAC. « Même pendant la loi travail, nous n’avions pas connu de charge aussi frontale », assure un syndicaliste qui précise que les forces de l’ordre ont également matraqué le service d’ordre syndical et fait usage de gaz lacrymogènes. Pas d’incidents par contre à Clermont-Ferrand, Montpellier, et Toulouse où la CGT annonce 35 000 manifestants dans la ville rose, comme la semaine dernière. Dans ces défilés : des enseignants, des chercheurs, et des cheminots moins nombreux après le reflux de la grève SNCF depuis la fin du mois de janvier.

 

De nouvelles dates de mobilisation à venir

 

« Ce sont ceux qui ont été les plus mobilisés qui sont encore les plus déterminés », confie un cheminot croisé dans un des défilés du matin. Une des raisons pour laquelle, malgré l’usure de déjà deux mois de lutte, une grande partie des opposants à la réforme présents dans la rue aujourd’hui ne désarment pas. Si des professions ont repris le travail, d’autres se mobilisent encore, comme dans les usines d’incinération parisiennes. « C’est la première fois que nous sortons un peu nombreux » explique de son côté un salarié des imprimeries du quotidien Midi Libre, adhérent au syndicat du livre CGT.

Pourtant, personne ne cache les difficultés. Mobiliser dans la durée reste compliqué. « Il y a 28 ans quand j’avais 20 ans, on entendait déjà le discours selon lequel nous n’aurions pas de retraite. Aujourd’hui, c’est entré dans les têtes », explique un chercheur qui constate autour de lui un défaitisme et un individualisme en progression. Pour autant, avec des manifestations encore fournies ce matin, la fin du mouvement n’est pas à l’ordre du jour. À rebrousse-poil des annonces de fin de mouvement sur les plateaux des chaînes en continu, celle-ci va se poursuivre.

L’intersyndicale nationale se réunit ce soir et annoncera un prochain calendrier de mobilisation. La réunion risque d’être longue pour résoudre une équation assez complexe : allier le soutien aux grèves qui persistent ou émergent dans de nouvelles professions en évitant l’écueil d’un essoufflement par la répétition des journées d’actions. Le tout dans un contexte d’une opinion favorable aux grévistes, mais à la veille d’un mois de vacances en trois zones pour un des secteurs les plus mobilisés : l’Éducation nationale.

Avant de connaître les décisions des syndicats dans la soirée, l’UNSA RATP a déjà annoncé qu’elle appelle à un lundi noir le 17 février, jour où le texte sera examiné en séance à l’Assemblée nationale. Rien n’est écrit pour la suite du mouvement.

 


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