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Réforme des retraites : ils préparent le terrain

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Des annonces sur le devenir du dossier de la réforme des retraites pourraient intervenir dès cet été. Une conférence du dialogue social avec les organisations patronales et syndicales est envisagée début juillet. Jean Castex pourrait y dévoiler les intentions du chef de l’État.

 

Coup de com en direction de sa base électorale ? Ballon d’essai pour tester les réactions ? Préparation des esprits ? Depuis la petite phrase d’Emmanuel Macron, en déplacement dans le Lot jeudi 3 juin à l’occasion de son « tour de France », les vannes des déclarations favorables à un retour d’une réforme des retraites sont grandes ouvertes.

« Je vais devoir prendre des décisions, certaines sur la relance, d’autres difficiles » a lâché le chef de l’État, laissant entendre que sa candidature pour la présidentielle en dépendrait. Puis à propos de la réforme des retraites : « je veux un peu regarder aussi comment le pays avance et ce qu’on est prêt collectivement à faire ». Le chef de l’État a remisé ses annonces à l’été, tout en avançant que la réforme telle que votée en mars 2020 avec l’usage du 49-3 ne pouvait pas « être reprise en l’état ».

Depuis l’abandon du processus parlementaire à l’occasion de la crise sanitaire, le gouvernement joue à « Good cop bad cop ». Dans le rôle du « méchant », Bruno Le Maire, qui au moins une fois par mois depuis l’été 2020 explique la nécessité de faire cette réforme pour rembourse la dette Covid. Dans le rôle des « gentils », Élisabeth Borne et Jean Castex qui affirment que la priorité est l’emploi et la relance économique.

 

Travailler plus

 

Changement de ton cette semaine et fini le Good cop bad cop. Si Bruno Le Maire reste sur sa ligne dans une longue interview accordée au JDD, « il faudra [] poursuivre les réformes structurelles : la priorité, ce sont les retraites », il est rejoint par de nombreux ténors de la majorité. Au premier rang desquels, François Bayrou, le président du Modem, commissaire au Plan et premier allié d’Emmanuel Macron. Celui-ci juge « inéluctable » la réforme avec pour argument : « ce sont les pensions qui seront en question ». Moins pressé que le ministre de l’Économie, il pense nécessaire d’en faire un débat pour la campagne présidentielle.

Même timing avec Richard Ferrant, le président de l’Assemblée nationale. Pour lui la séquence 2020 a eu « une vertu : provoquer une prise de conscience collective sur la nécessité de revoir notre système et de travailler plus longtemps pour garantir une retraite à tous », assure-t-il ce dimanche dans une interview à Paris Match. Suite à quoi, « il faudra la remettre sur le métier ». Même son de cloche du côté de l’ancien Premier ministre qui accordait une interview à LCI samedi. Pour Édouard Philippe, « oui il faut penser à l’équilibre des retraites, oui on devra prendre des mesures qui seront peut-être impopulaires ». Et là encore la même ritournelle : « il faudra travailler plus longtemps ».

Pour enfoncer le clou de cette obsession libérale faisant fi de six millions de personnes inscrites à Pôle emploi, Éric Woerth avance ses pions. Dans un entretien à Libération, le président LR de la commission des finances de l’Assemblée nationale assume : « on va devoir continuer à augmenter l’âge de départ ». Au nom d’un « retour à l’équilibre », il « milite pour qu’on aille assez vite à 64 ans, et plus tard à 65 ans », tout en mettant fin rapidement « aux régimes spéciaux pour les nouveaux entrants ».

 

Cet été, 2022, ou un peu des deux ?

 

Le chef de l’État a affirmé que sa réflexion sur le sujet n’était pas aboutie. Mais de son côté, Laurent Pietraszewski, le monsieur retraites du gouvernement planche sur plusieurs scénarios avant les arbitrages élyséens. Et plusieurs sujets d’étude ont déjà été distillés dans la presse. Une accélération du passage à 43 annuités pour bénéficier d’une retraite à taux plein, un allongement de l’âge légal de départ, la fin des régimes spéciaux, feraient partie des pistes travaillées par l’exécutif.

Dans un mois, le Premier ministre devrait annoncer les décisions du chef de l’État aux « partenaires sociaux » à l’occasion d’une conférence du dialogue social, mise en scène par l’exécutif pour clore les chantiers de son mandat. Toute ou partie des intentions gouvernementales seront alors dévoilées. À moins que soit différé à la campagne présidentielle le chantier des retraites, dans un scénario où, élu face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron se targue d’une légitimité pour mettre en œuvre cette réforme fortement impopulaire.

Ou un mix des deux : quelques mesures paramétriques pour 2021 et une réforme systémique au lendemain des législatives 2022. Réponse en juillet.


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