Kurdes

Afrin : la nouvelle Kobané des Kurdes de Syrie ?

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Ce week-end, l’armée turque a déclenché une offensive, dans l’enclave d’Afrin en Syrie, contre les forces kurdes ayant combattu l’État islamique. Elle affirme vouloir créer à sa frontière un cordon sécuritaire de 30 km et en chasser les unités combattantes kurdes (YPG et YPJ), celles ayant mis fin à l’avancée de Daesh à Kobané en 2015. Cette zone est sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde qui a mené la bataille de Raqqa. Cette offensive turque représente une menace sérieuse pour le projet démocratique revendiqué par les Kurdes au Rojava. Entretien avec une des portes-paroles du Conseil démocratique kurde en France.

 

 

Quelles sont les forces engagées par la Turquie et quel est le bilan des combats ?

Des bombardements ont été effectués par 72 avions de combat. Il y a eu également des tirs de mortiers venant de la frontière turque. D’autres tirs sont venus d’A’Zaz, situé dans une poche occupée par la Turquie, et de bases se trouvant à Idlib, où il y a des positions turques et des alliés de la Turquie dont le groupe anciennement appelé Al-Nosra. Une invasion terrestre a commencé dimanche matin.

Le bilan de ces attaques était hier soir de vingt morts parmi les civils. La plupart d’entre eux sont des déplacés internes, surtout des populations arabes venant de la région d’Idlib. Une des premières victimes a été un petit garçon de sept ans. Dernièrement j’ai appris que huit civils d’une même famille avaient été tués. Il y a aussi des Kurdes parmi les victimes. Les forces turques et leurs gangs alliés n’auraient pas réussi à ce jour à entrer dans Afrin par la voie terrestre. Depuis dimanche, plusieurs membres des forces armés turques ont été tués et plusieurs tanks détruits.

 

Le Premier ministre turc a déclaré vouloir créer une bande sécuritaire de 30 km à Afrin, mais Recep Erdogan a évoqué une offensive jusqu’à la frontière irakienne. Quelles sont selon vous les réelles volontés de la Turquie ?

Aujourd’hui, la Turquie veut occuper le territoire d’Afrin parce que c’est un canton plus isolé, plus facile à encercler et à prendre. Mais l’État turc a une volonté d’expansion et de retour aux frontières de l’empire. Erdogan nage dans un rêve ottoman et se prend pour un sultan. Ils peuvent très bien vouloir aller jusqu’à la frontière irakienne.

En tout cas, il y a une volonté d’expansion beaucoup plus importante, et le désir d’éliminer toute présence kurde au nord de la Syrie pour y installer des populations arabes ou turkmènes qui leur seraient plus favorables.

 

Quelles sont les capacités de résistance des Kurdes dans le canton d’Afrin ?

Les forces kurdes étaient préparées à cette attaque. Recep Erdogan menace d’intervenir depuis plusieurs mois. Les civils ont aussi été préparés. Des galeries ont été creusées et des caves sont prévues pour se réfugier. Mais face aux bombardements aériens, ils ne peuvent pas faire grand-chose.

À Kobané, les Kurdes se sont battus dans des conditions très difficiles. Ils peuvent se battre aussi à Afrin. Le nom de l’agresseur change. Hier, c’était Daesh, maintenant c’est l’État turc. Mais pour nous, c’est la même menace. C’est aussi du terrorisme, puisque Afrin n’a jamais attaqué ou représenté une menace pour la Turquie. C’est une attaque illégitime, injustifiée et ignoble. Si les puissances internationales laissent faire, cela va être un massacre.

 

Cette intrusion turque en territoire syrien modifiet-elle les jeux d’alliances ?

Avant cette attaque, la Russie a demandé aux YPG de quitter Afrin et de la remettre au contrôle du régime syrien. Les Kurdes ont refusé de laisser leur territoire et la Russie a laissé la Turquie intervenir. Les Russes vont regarder comment cela évolue sur le terrain.

Le premier jour de l’intervention, les Américains ont condamné l’attaque. Le deuxième jour, ils ont appelé la Turquie à la retenue et à limiter ses attaques. Aujourd’hui, tout le monde est sur la « retenue » : les États-Unis, la Russie comme la France. Cette dernière parlant de limiter les dégâts humanitaires. Cet après-midi, le conseil de sécurité de l’ONU se réunit.

 

Que se passe-t-il en Turquie, notamment dans le Kurdistan turc ?

Il y a eu des protestations. Des personnes ont été arrêtées lors des manifestations qui se sont tenues à Istanbul, dans les grandes villes et au Kurdistan. Le Kurdistan turc est une zone sous couvre-feu, même s’il n’y a pas de couvre-feu officiel. Hier, la police a empêché les gens de manifester. La population est bâillonnée actuellement. On n’entend pas la contestation parce que tout est bouclé.

 

Cette attaque représente-t-elle une réelle menace pour l’expérience démocratique au Rojava ? Ne risque-t-elle pas de fragiliser l’alliance arabo-kurde au sein des FDS ?

Oui, c’est une menace. Mais les Kurdes vont se battre jusqu’au bout. Ils ne sont pas près de s’arrêter. Pour l’alliance entre les Kurdes et les Arabes, il s’agit de populations qui partagent une opposition à la politique de la Turquie. Je ne pense pas que cela aura des effets, d’autant que la Turquie attaque Afrin, où vivent des populations arabes.

 


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