Ibrahim Abdallah

Georges Ibrahim Abdallah : 400 militants défilent vers la prison du « plus ancien prisonnier politique d’Europe »

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Incarcéré pour l’assassinat en 1982 à Paris d’un attaché militaire américain et d’un diplomate israélien, Georges Ibrahim Abdallah croupit en prison depuis 34 ans. Il est libérable depuis 1999, mais plusieurs décisions ministérielles ont empêché jusqu’ici sa sortie de prison. La dernière en date étant celle de Manuel Valls.

 

Des bus venus de Toulouse, Bordeaux, Marseille et Paris déversent des dizaines de militants arborant drapeaux communistes ou palestiniens. Ils détonnent dans le paysage gris et terne de la commune de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Chacun retrouve ses copines et copains militants, la camaraderie est de mise. Plus de quatre cents manifestants engagés de plus ou moins longues dates dans des collectifs anti-impérialistes, antifascistes ou pro-palestinien, sont réunis ce 20 octobre 2018 pour défiler vers la prison où est retenu Georges Ibrahim Abdallah enfermé ici depuis 34 ans.

Une fois à la retraite je me suis intéressé à la cause palestinienne et j’ai rejoint l’association Palestine Couseran. Cela fait dix ans que je viens manifester à Lannemezan. Je n’aime pas du tout voyager, je ne suis jamais allé en Palestine, mais la situation de Georges Abdallah est intolérable pour tout combattant de la justice », confie Jean-Marie, militant ariégeois.

 

Des meurtres datant des années 1980

 

Regard fatigué, Faty Koumba frotte une pierre contre les grilles qui protègent les murs de la prison. Le bruit permet de signaler sa présence aux détenus. « Pas de photo s’il te plaît, je vais souvent en Palestine et je ne veux pas être reconnaissable sur internet.Cette militante de l’association Liberté droits de l’homme et non-violence, localisée dans le 20e arrondissement parisien, voit dans le cas de Georges Abdallah « un symbole de l’oppression des militants pro-palestiniens. »

Militant marxiste, libanais chrétien maronite, Georges Abdallah est instituteur de 1972 à 1979. Il est d’abord membre du Parti nationaliste syrien, avant de rejoindre le Front populaire de libération de la Palestine en 1971 (FPLP), une organisation rivale de celle de Yasser Arafat qui allie nationalisme arabe et marxisme. Il devient ensuite le chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL), organisation se revendiquant « communiste » et « anti-impérialiste », dont il dirige les opérations en France. Son but est d’exporter la lutte palestinienne partout où elle se mène, y compris en Occident.

En 1982, les FARL revendiquent l’assassinat de Charles R. Ray, attaché militaire américain à Paris, et de Yacov Barsimentov, diplomate israélien. Georges Ibrahim Abdallah est d’abord arrêté pour faux et usage de faux le 24 octobre 1984, en dehors du cadre de ces affaires. Ce n’est que le 28 février 1987 qu’il sera finalement jugé par une cour d’assises spéciale s’occupant des affaires terroristes, et finalement condamné à perpétuité.

 

Un enfermement politique

 

Devant la prison, les différents collectifs participant à la manifestation déclament communiqués et lettres de soutien à Georges Abdallah. Son enfermement, 34 ans après la condamnation, est toujours jugé hautement politique. Selon le droit français, Georges Abdallah est libérable depuis 1999, date à laquelle il a effectué sa peine de sûreté de 15 ans. Mais en 2003, alors que la juridiction de Pau lui accorde la libération conditionnelle, la juridiction nationale de libération conditionnelle refuse celle-ci en janvier 2004, après l’intervention du ministre de la Justice Dominique Perben. En 2012, un avis favorable du tribunal d’application des peines doit permettre sa libération, mais la Cour de cassation intervient alors pour annuler la libération conditionnelle au motif que le détenu aurait dû être soumis « à titre probatoire, à une mesure de semi-liberté ou de placement sous surveillance électronique pendant une période d’un an au moins ».

Toutes ces mesures d’exception témoignent, selon Yves Bonnet qui s’exprimait en 2012 dans La Dépêche du Midi, d’une « vengeance d’État. » Patron de la DST au moment de l’arrestation du Libanais, il trouve « anormal et scandaleux de maintenir encore Georges Ibrahim Abdallah en prison ». Pendant qu’à l’extérieur les manifestants se dirigent vers la gare, l’Internationale à fond dans les baffles, le militant communiste libanais résiste à la prison qui l’use un peu plus chaque jour. « Il lit, il répond aux nombreuses lettres de militants qu’il reçoit, il reste en forme physiquement. Il porte en lui une véritable force qui nous inspire tous », raconte Nikolas du collectif Coup pour coup 31 qui le visite régulièrement depuis six ans.


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