Reconfinement, écologie, séparatisme

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Il va sans dire que le climat est étouffant. Au sens politique, d’abord : des restrictions de déplacement étendues à toute la France, une loi « séparatisme » amendée par des sénateurs en croisade contre la« non-mixité », un projet de loi sécurité globale favorisant les drones et le port d’armes… Au sens propre, aussi, avec une loi « climat » en-deçà de l’urgence, dénoncée par plus de 100 000 manifestants à la veille de son examen. Mais les mobilisations de la semaine, des entrepôts d’Amazon aux théâtres, en passant par les crèches, ont rendu l’air (un peu) plus respirable. 

 

Grèves et manifestations

 

Les professionnelles de la petite enfance en grève

 

Le secteur de la petite enfance était en grève mardi 30 mars. Dans le viseur : le projet de réforme des modes d’accueil collectifs, prévu depuis trois ans, mais qui devrait entrer définivement en vigueur au 1er septembre. Les professionnelles concernées sont majoritairement des femmes, souvent précaires. C’est pourtant leur quatrième journée de grève nationale, depuis décembre. Elles dénoncent un décret qui entraînera l’augmentation des sur-effectifs d’enfants dans les crèches, et un taux d’encadrement toujours plus inadéquat.

 

Retraités dans la rue

 

Ce mercredi se tenait la traditionnelle mobilisation du 31 mars pour la défense de la solidarité intergénérationnelle. A la manœuvre : les principales organisations de syndicats de retraités. Cette année, leurs revendications sont directement en lien avec la crise sanitaire : revalorisation des pensions, embauches dans les EHPAD et résorption des déserts médicaux. Une soixantaine d’actions ont eu lieu un peu partout en France. « Un tiers des retraités survit avec une pension mensuelle inférieure à 1 000 euros brut par mois », a rappellé Jean-Pierre Floret, de l’Union confédérale des retraités CGT.

 

Coup fourré préfectoral : la manifestation contre l’extrême droite à Lyon interdite

 

La manifestation contre les violences de l’extrême droite qui devait avoir lieu ce samedi 3 avril à Lyon a été interdite par arrêté préfectoral. Mais les raisons de cette interdiction sont des plus obscures : on reproche aux organisateurs des faits qui ne sont pas les leurs ainsi qu’un parcours qu’ils avaient accepté de modifier (lire notre article). Les organisateurs annoncent avoir engagé un recours au tribunal administratif.

 

Vendredi de la colère

 

Alors que plus de 90 théâtres et lieux culturels sont toujours occupés en France, les travailleurs de la culture et leurs alliés ont multiplié les actions ce vendredi. Occupations temporaires de pôles emplois, manifestations et autres actions de visibilisations ont eu lieu partout en France. Les salariés en lutte demandent toujours le retrait de la réforme de l’assurance chômage, dont le décret est paru ce premier avril.

 

Environnement

 

Forte mobilisation à la veille de l’examen de la loi Climat

 

Alors que l’Assemblée nationale examine en séance publique depuis lundi le projet de loi « Climat et résilience », plus de 100 000 personnes ont manifesté, la veille, partout en France. Près de 187 rassemblements ont eu lieu ce dimanche 2 avril. Les manifestants, appuyés par des ONG, syndicats et partis politiques, dénoncent le manque d’ambition du texte et réclament une « vraie loi Climat ». Le projet de loi en débat ne reprend qu’un tiers des 149 propositions émises par la Convention citoyenne, et seulement dix entièrement, selon une analyse de France Info.

 

Des agriculteurs contre la réforme de la PAC

 

Vendredi 2 avril, des opérations escargot et rassemblements d’agriculteurs ont eu lieu pour protester contre la réforme de la PAC (politique agricole commune). Son cadre général est en train d’être négocié au niveau européen, tandis que le gouvernement français travaille sur sa propre version, qui doit être présentée en juin à la Commission Européenne. Les agriculteurs mobilisés contestent la priorisation du bio et de l’agro-écologie via des « éco-régimes », financements conditionnés à des changements de pratiques. Selon la FNSEA, près de 5000 agriculteurs se sont mobilisés, dans douze départements.

 

Première étape d’un mouvement national contre l’artificialisation des sols

 

Près de 800 personnes ont marché, samedi 27 mars, pour défendre les terres agricoles, à Besançon. Il s’agissait du premier acte de la campagne « Les Soulèvements de la terre », portée entre autres par la Confédération Paysanne. Une lutte qui se veut nationale, contre l’artificialisation des sols. A Besançon, dans la zone des Vaîtes où s’est tenu cette marche, 34 hectares de terre sont menacées par la construction d’un écoquartier.

 

Emploi PSE chômage

 

Lapeyre : des perspectives inquiétantes

 

Une trentaine de députés ont adressé un courrier le 31 mars au président de la République, au Premier Ministre et au ministre de l’Economie, pour alerter sur la situation de l’entreprise Lapeyre (fabriquant de produits d’aménagement pour le domicile). La maison-mère, le groupe Saint-Gobain, s’apprête à céder sa filiale Lapeyre à un fonds d’investissement allemand, Mutares. Les perspectives de cette vente inquiètent les salariés. « Le projet de Mutares s’apparente à un véritable plan social, qui entraînerait à court terme près de 1 000 licenciements (…) et la fermeture d’une partie de ses usines » écrivent les parlementaires. Un collectif de 500 salariés avait déposé une offre de reprise, mais début novembre 2020, le groupe avait annoncé entrer en négociations exclusives avec Mutares.

 

A Lyon, livreurs et ouvriers du bâtiment contre les morts au travail

 

C’est un rassemblement qui rappelle que le travail peut tuer. Cette année : 180 ouvriers du bâtiment sont morts au travail. Une banderole déployée par la CGT bâtiment 69 devant l’hôtel de ville était là pour le rappeler. Le rassemblement était soutenu par la CGT des livreurs Deliveroo/Ubereats du Rhône, également concernée par cette problématique puisqu’un livreur est mort sur la route à Villeurbanne il y a une quinzaine de jours.

 

Grandpuits : l’Etat valide le plan social de Total 

 

Ce mercredi 31 mars, la Direccte a homologué le plan de sauvegarde de l’emploi présenté par Total dans le cadre de la reconversion de la raffinerie de Grandpuits. Pour rappel, sous couvert de transition écologique, ce PSE pourrait supprimer jusqu’à 700 emplois directs et indirects sur le site. Au mois de janvier les ouvriers de la raffinerie s’étaient massivement mis en grève pendant près de cinquante jours.

 

Gouvernement, Sénat, Assemblée

 

Nouveau délit pour la loi de Sécurité Globale

 

Une commission mixte paritaire, composée de députés et de sénateurs a établi lundi soir une version commune du texte sur la loi sécurité globale. A de nombreux égards, elle s’approche de la version établie par le Sénat. Son article 24 crée un nouveau délit de « provocation à l’identification » des policiers. L’article 22 autorise les drones de surveillance, qui volaient jusque-là hors de tout cadre légal. Quant à l’article 25, il permet aux policiers hors service d’entrer dans des établissements recevant du public avec leur arme.

 

Projet de loi séparatisme, la dissolution de l’UNEF en question

 

En réponse à la polémique sur les réunions « non-mixtes » organisées par l’Unef, les sénateurs ont adopté, lors de l’examen du projet de loi « séparatisme », le jeudi 1er avril au soir, un amendement déposé par le groupe LR visant à permettre la dissolution par décret en conseil des ministres de toutes associations ou groupements « qui interdisent à une personne ou un groupe de personnes à raison de leur couleur, leur origine ou leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée de participer à une réunion ». Mardi 30 mars, les sénateurs ont également adopté deux amendements qui visent à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnateurs lors des sorties scolaires, et le port d’un signe religieux ostensible par les mineurs dans l’espace public.

 

Reconfinement : pas de chômage partiel pour les parents en télétravail

 

Les parents qui doivent garder au moins un enfant (âgé de moins de 16 ans, ou en situation de handicap) à la maison pourront, dans le cadre de la fermeture des écoles pour trois semaines, bénéficier du chômage partiel. Mais ceux dont l’emploi est compatible avec le télétravail ne pourront pas y prétendre. Une exception qui cristallise les interrogations : concilier télétravail et garde des enfants n’est pas une mince affaire. Pour ceux qui bénéficieront de l’activité partielle, les règles en vigueur maintiennent l’indemnité à 84 % du salaire net.

Du côté des patrons 

 

Deliveroo vient d’entrer en bourse… et se casse la figure

 

Lors de son premier jour de cotation, à Londres, l’action de la plate­forme de livraison de repas à domicile britannique a chuté de plus de 26 %. En cause : les sociétés de gestion de la City qui ont boudé Deliveroo. Son modèle économique et social étant remis en cause dans plusieurs pays d’Europe, les actionnaires auront jugé l’investissement trop risqué. 

 

Procès Ikea : réquisitions du parquet

 

Depuis le 22 mars, le procès de la surveillance de plus de 400 salariés par l’entreprise Ikea se joue au tribunal de Versailles. Ce 30 mars, la procureure Paméla Tabardel a demandé des peines individuelles pour deux dirigeants du géant suédois (dont de la prison ferme) et une amende de 2 millions d’euros pour l’entreprise elle-même. La lourdeur de la sanction demandée reste à relativiser toutefois : le réseau de franchisés, qui regroupe la plupart des magasins Ikea, a réalisé en 2020 un bénéfice net d’1,2 milliard d’euros, malgré une diminution d’un tiers due au Covid.

 

International

 

Amazon sous une pression grandissante

 

Les grèves à Amazon continuent de se multiplier. Alors que les 5800 salariés américains du site de Bessemer, en Alabama, sont en attente du résultat du vote pour la création d’un syndicat, les mobilisations se multiplient ailleurs. Après la grève de près de 40 000 salariés (livreurs et magasiniers compris) en Italie, la semaine dernière, c’est au tour de l’Allemagne. Les travailleurs allemands ont été en grève sur six sites, durant quatre jours. Lundi, les syndicats recensaient 2 000 salariés mobilisés. En Inde, la Fédération indienne des travailleurs des transports dépendant de plateformes (IFAT) a appelé à une grève nationale, sans encore préciser la date.

 

Plus de 500 morts en Birmanie

 

Le bilan des personnes tuées en Birmanie dans les soulèvements contre la junte militaire au pouvoir ne cesse de s’alourdir. Au moins 543 civils ont été tués, dont 44 mineurs selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Plus de 2700 personnes ont été interpellés dans le cadre des manifestations, depuis le coup d’Etat du 1er février. Ce 1er avril, le Conseil de sécurité de l’ONU a « condamné fermement les morts de centaines de civils, incluant des femmes et des enfants ».

 

Frappe française au Mali : face à l’enquête accablante de l’ONU, le ministère dément

 

Une enquête des Nations Unies parue mardi 30 mars est venue confirmer que la frappe française du 3 janvier sur le village de Bounti, au Mali, a tué dix-neuf civils en ciblant une cérémonie de mariage. La Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali) s’est appuyée sur quinze experts pour construire son enquête sur cette opération, effectuée dans le cadre de l’opération Barkhane. De son côté, le ministère des armées français a réagi, le jour même, en s’opposant aux conclusions de cette dernière et en émettant « de nombreuses réserves » quant à sa méthodologie.

 

Rwanda : un rapport historique, mais lacunaire

 

« Un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes », au sein de l’État français, mais pas de « complicité » avec le génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda en 1994 : c’est la conclusion du rapport sur l’implication militaire et politique de la France dans le génocide rwandais. Celui-ci a été remis le 26 mars par la commission d’historiens dirigée par Vincent Duclert (EHESS), à la demande d’Emmanuel Macron. Il pointe un « aveuglement continu » dans le soutien au « régime raciste, corrompu et violent » alors en place. Mais il « s’exonère », selon l’association Survie, « d’évoquer la Françafrique et de questionner le fonctionnement global des institutions ». Surtout, le rapport contient peu de nouveaux éléments. « En travaillant à partir d’un matériau parcellaire (les archives versées uniquement), la commission ne pouvait pas mener l’enquête approfondie qui aurait permis d’éclairer certaines zones d’ombre », regrette l’association.

 

Et aussi

 

Cédric Herrou : fin de poursuites

 

C’est la fin d’un long parcours judiciaire : l’agriculteur Cédric Herrou, solidaire des exilés dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes), est définitivement relaxé de ses poursuites. L’histoire commence en 2017 : après avoir convoyé des personnes migrantes et établi un camp d’accueil, Cédric Herrou est condamné à une amende en première instance, puis à quatre mois de prison, en appel. Portant l’affaire devant la Cour de Cassation et le Conseil Constitutionnel, il parvient à faire consacrer le « principe de fraternité » ; tandis que la Cour de Cassation annule sa condamnation. Le tribunal de Lyon, à qui le dossier est renvoyé, relaxe l’agriculteur. Mais le parquet général se pourvoit en cassation, pour contester la décision. Ce mercredi 31 mars, la Cour de Cassation a rejeté ce pourvoi : c’est la fin, définitive, de toute poursuite contre l’agriculteur.

 

Un cluster forcé à Roissy ?

 

Cette semaine, dans la zone d’attente de l’aéroport de Roissy, des dizaines de personnes ont été retenues administrativement, en dépit de toute considération sanitaire. L’Observatoire de l’Enfermement des Etrangers (Gisti, Cimade, Anafé, Ligue des droits de l’homme…) dénombrait 70 personnes le 31 mars, parmi lesquelles 12 enfants, et 46 demandeurs d’asile. Le pic a été atteint avec 85 personnes le 30 mars. Depuis le début de la pandémie, les associations dénoncent régulièrement le « traitement réservé aux personnes étrangères dans les zones d’attente par le ministère de l’Intérieur qui privilégie le contrôle, l’enfermement et le renvoi, au détriment de leur santé ».

 

Balance ton porc 

 

La journaliste Sandra Muller, qui avait écrit le premier tweet du mouvement #balancetonporc, peu après la révélation de l’affaire Weinstein aux États-Unis, avait été condamnée en première instance pour diffamation. La décision a été infirmée ce mercredi 31 mars. La Cour d’Appel a reconnu sa « bonne foi » et le « but légitime » de sa démarche.

 

Valeurs Actuelles pris à son propre piège

 

« À nos lecteurs: nos excuses pour ce faux témoignage relayé », a reconnu Valeurs Actuelles. Le mea culpa intervient alors que le magazine d’extrême droite avait publié le témoignage d’un enseignant de Strasbourg soi-disant victime de la radicalisation islamique de ses élèves. Il s’agissait en fait d’un canular monté de toutes pièces par un internaute, qui a lui-même révélé la supercherie cette semaine.


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